Résumé de la quatrième rencontre CNC/SACD qui s’est déroulée le 1er juin 2010. Ces rencontres ont pour objectif d’apporter un éclairage sur les dispositifs de soutien dans le processus de création et de production.

Modérateur : Laurent Lavolé, producteur (Gloria Films)
Intervenants : Florence Auffret, productrice (Les films de la Grande Ourse) ; Olivier Babinet, auteur réalisateur ; Bénédicte Couvreur, productrice et conseillère à Emergence ; Teddy Lussi-Modeste, auteur réalisateur et Igor Wojtowicz, producteur (Ferris & Brockman)
Comment aborder un producteur ?
Pour Florence Auffret la collaboration doit démarrer très tôt. "Il faut devenir
co-parent du film avec son réalisateur. Après tout, nous sommes les seuls qui suivent le projet avec lui du début à la fin. Quant à moi, je n’ai jamais produit un film en m’appuyant seulement sur son synopsis. Je demande toujours au moins une idée développée. Un bon scénario ne fait pas forcément un bon film, mais s’il y a des problèmes sur le scénario, on les retrouve au tournage et dans le film". D’autre part, elle préfère recevoir un scénario avant d’en rencontrer l’auteur : "On ne perd pas son temps : si ça ne me plait pas on ne se voit pas, et si ça me plaît, on sait de quoi on parle".
Pour Laurent Lavolé, la vraie question qui se pose aux auteurs, est de choisir son producteur. "Il faut aller vers les producteurs qui ont produit les films dont vous vous sentez proches. Le morcellement du tissu de la production est une chance en France, mais matériellement pour un auteur, il n’est pas possible de toucher tout le monde, et pour un producteur il est impossible de lire tout ce qu’il reçoit".
Selon Igor Wojtowicz, peu de producteurs se lancent sur des projets complètement écrits. "Nous avons envie de travailler dès le départ avec le réalisateur ou l’auteur. Le développement ne consiste pas seulement à trouver de l’argent pour écrire un film, et produire ce n’est pas uniquement trouver de l’argent pour tourner le film.... Beaucoup d’auteurs ont du mal à trouver des producteurs mais il existe des aides à des projets sans producteur. Si vous avez des retours négatifs de lecture sur votre scénario, cela ne vaut peut-être pas le coup de le présenter dans des commissions. Le producteur vous permet de savoir si votre projet est cohérent, il est le premier lecteur, avant les commissions. D’autre part, un producteur ne sera pas blessé si vous envoyez en même temps votre projet à un autre producteur. Il est inutile d’attendre d’avoir une réponse pour envoyer à un autre producteur".
Teddy Lussi-Modeste confirme que selon lui, une vraie relation avec un producteur se construit avec le temps. Comme dans un couple il y a des mouvements d’amour et de désamour, de doute et de confiance…. "Pour trouver son producteur, il faut se rendre dans ces lieux qui créent des espaces de rencontres comme la Fémis ou Emergence l’ont été pour moi. Mais il existe aussi des lieux comme le Moulin d’Andé, les festivals de scénaristes, etc..."
Comment et combien de projets développe un producteur ?
"Je suis un mauvais exemple, avoue Florence Auffret. En effet, je produis un à deux courts métrages par an, rarement davantage. Je travaille seule, avec une structure légère et peu coûteuse pour ne produire que ce dont j’ai vraiment envie. Et je n’ai que peu de projets d’avance, au maximum deux en développement pendant qu’un autre se tourne… Je m’estime heureuse en produisant un long métrage tous les deux ans, et je me dirige d’ailleurs davantage vers le développement de longs que de courts métrages. »
Est-ce une bonne idée de réaliser un court métrage sur le même sujet en attendant de pouvoir réaliser le long ?
Pour Florence Auffret, "c’est une idée à double tranchant. S’il y a trop de points communs entre le long et le court, trop de choses posées, les commissions risquent de penser que tout est déjà dit dans le court et qu’un long n’a pas lieu d’exister." Pour Igor Wojtowicz, ça n’est pas toujours judicieux. Pour certains cas, un court peut permettre de faire découvrir un style, une patte, un univers.
Laurent Lavolé rappelle que la typologie des films a évolué : "Les films plus difficiles effraient aujourd’hui davantage les distributeurs car le marché s’est durci." Igor Wojtowicz précise que les financements ne sont pas validés si le film ne sort pas en salles : "On ne peut pas remettre à plus tard le fait de trouver un distributeur. Igor Wojtowicz conclue en soulignant qu’il faut se souvenir que personne ne peut faire un film seul. "Mon conseil, c’est f
aites des choses, même si ce n’est pas forcément dans un cadre officiel, même si c’est avec des amis. La difficulté, c’est de se faire remarquer : soit dans les événements du cinéma, avec des courts métrages auto-produits, envoyés à des festivals ou postés sur Youtube. Mais envoyer à un producteur un scénario de long
métrage, si on a rien fait avant, c’est sans succès."
Quel serait le budget réaliste d’un premier long métrage ?
Laurent Lavolé répond qu’il s’agit d’abord d’estimer le potentiel du film. « C’est le travail du producteur, qui évalue les ventes à la télévision, à l’étranger etc... Il n’y a pas un seul budget type… Je rappelle que le budget médian des premiers films en 2009 était de 2 millions d’euros, c’est-à-dire que la moitié des premiers films est en dessous de ce montant et l’autre moitié au dessus. Les moyens techniques de production sont beaucoup plus accessibles aujourd’hui, et on peut réaliser des films avec peu de moyens. Mais attention, la diffusion est devenue un problème de taille. De 50 à 60 films sortent en salle chaque mois : le frein est en aval, et il est important que les distributeurs participent au financement des projets. Leur présence au financement valide d’ailleurs sa crédibilité. Les premiers films n’ont pas un potentiel public évident. De plus, la projection numérique ne va pas arranger les choses, puisque petit à petit les films auront moins de séances dans les salles au profit du sport ou de l’opéra par exemple... ».
Le réalisateur Teddy Lussi-Modeste résume ainsi la situation quant aux difficultés économiques et à leur impact sur le film : "Si on veut tourner, il faut trouver des solutions. Le budget induit inévitablement une esthétique, des partis pris plus radicaux à prendre et cela peut servir in fine le film".
Pour télécharger le compte-rendu in extenso : www.sacd.fr/Rencontres-2009-2010.1786.0.html